« Les bonnes équipes sont celles qui s'amusent. »   (Fabien Galthié, entraîneur rugby Montpellier)
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Foot-Full Contact
16/11/2011
Comment diminuer ou éradiquer les pétages de plomb? Comment amener les jeunes à maîtriser leurs comportements? Certains sports, par la nature même de leur activité, travaillent sur le sujet et possèdent des réponses précises à ces questions. C'est pourquoi, en fin d'année 2010, Foot Citoyen, en partenariat avec l’UEMO de Sète, a mis sur pied un atelier football-full contact. Lahcène Benameur, un « adulte relais » à la ville de Lodève, spécialisé en médiation et éducation auprès des jeunes, très impliqué dans le projet « Football, outil d’insertion social» et professeur de full contact, était la personne idéale pour mener les opérations et évoquer ce qu’un sport de combat peut apporter au football.

Lahcène, quelle est ta relation au football ?
En tant qu'éducateur de rue et médiateur social à la ville de Lodève, j'avais été approché, en 2003, par Amar Douara, le responsable technique de l'Etoile Sportive Lodévoise, pour travailler auprès des jeunes et calmer les esprits, dans le cadre d'un match à risques. Je ne savais pas trop où j'allais au départ mais, finalement, ça s'est plutôt bien passé. Il n'y a pas eu d‘embrassades, mais le match a pu se dérouler et les joueurs repartir dans de bonnes conditions.

Finalement, tu as continué...
Oui, on a pensé qu'il serait dommage de s'arrêter là, alors que les bases avaient été posées, et de se priver d'un tel média pour travailler avec les jeunes, alors que le football est presque naturel, aujourd'hui, chez les enfants de 4, 5 ans. On a donc imaginé un projet pour ceux qui traînent un peu, dans l'idée de leur trouver une activité et de leur faire pratiquer un sport. c'est comme ça que, dans le cadre d'un CUCS (Contrat Urbain de Cohésion Sociale), on a lancé «Football, outil d'insertion sociale». A travers le futsal, on a travaillé avec les jeunes autour d'objectifs pédagogiques, comme le respect de la règle et de l'autorité, la relation à l'autre, l'engagement citoyen... Dès le départ, on a décidé d'impliquer les jeunes en les amenant progressivement à être non seulement des joueurs, mais aussi des bénévoles de l'association. Il est important que les jeunes s'approprient les projets.

Quels résultats avez-vous obtenus ?
Sur le terrain, très vite, on a eu de bons résultats, par exemple autour de la notion de règles qu'on imaginait ensemble. On s'est ainsi retrouvé avec 70 adhérents, âgés de 12 ans minimum, dont plus de la moitié qui n'était pas issus du club de foot.

Tu en parles au passé...
Oui car, malheureusement, on a dû arrêter parce que le club a été dissout. Mais je pense que nous allons relancer l'activité car on ne peut pas se permettre de laisser les jeunes comme ça, surtout quand ils sont en demande. C'est une notion essentielle. Le désoeuvrement peut être destructeur chez le jeune car il a besoin d'adrénaline et de sensations fortes. mieux vaut lui proposer une activité qui lui plaît, encadrée, plutôt que de le laisser dans son coin. Un jeune occupé, c'est forcément un frein à la délinquance dénoncée par certains. Mais pour cela, il faut donner des moyens, attribuer un lieu où aller, où se dépenser, où échanger.

As-tu vu une différence entre ceux qui étaient issus d'un club de foot et les autres ?
Enorme ! Mais c'est normal quand tu es dans un schéma de fonctionnement depuis six ans, comme c'était le cas pour beaucoup, tu adaptes forcément certaines attitudes. Au départ, on entendait le joueur insulter le collègue pour une passe ratée ou pas faite, râler quand il y avait des fautes. C'est incroyable cette pression que tu as quand tu fais un match, avec cette interdiction de perdre. Au foot, tu viens cherchez une victoire et des points pour monter. On te demande simplement des résultats, il n'existe plus de volet éducatif. Gagner, la belle affaire, mais il n'est jamais question de créativité, d'abnégation ou de solidarité qui sont pourtant des valeurs autrement plus fortes.

Que faut-il faire?
Les coachs doivent faire un gros travail de médiation, expliquer aux jeunes pourquoi on fait un sport, dans quel but, insister sur le côté pédagogique de la mission. Aujourd'hui, l'aspect humain a disparu et la pédagogie n'y est plus. Il faut trouver des solutions, savoir comment expliquer et intervenir pour dire que ce n'est pas grave quand on a perdu. Leur dire, vous allez voir, vous allez vous améliorer. C'est terrible de se faire jeter comme s'il y avait eu mort d'homme parce que tu as commis une erreur.

Dans ce cadre, que peut apporter le full contact?
Le full contact permet au jeune de mieux se connaître, de connaître celui qu'on a en face. dans cette activité, on va être amené à travailler sur le respect de soi et de l'autre qui est en face. C'est à dire, qu'à partir du moment où tu te respectes, tu respectes l'autre. Il ne peut pas y avoir de sport de combat si tu n'as pas assimilé cela. Une fois que ce cap est franchi, tu peux mettre les gants.

Et donc passer au combat.
Oui car la confrontation est autorisée, elle n'est plus interdite. Et quand je parle du respect de l'autre, ça veut dire que tu as compris que celui qui est en face de toi à accepter que tu lui mettes des coups. Les coups, ils sont là, ils vont te faire mal, mais dans un esprit sportif. Chez un adolescent, il n'y a rien de pire que d'être confronté à quelqu'un d'autre, à quelqu'un qui te ressemble. Petit à petit, tu vas alors chercher des solutions pour parer les coups, les éviter, et là, tu peux te dire que le travail a été fait.

L'idée est donc d'utiliser l'interdit?
Oui, on va pouvoir dire au jeune : «Au foot, tu n'as pas le droit de frapper ton adversaire. Moi, là, je t'autorise.» L'idée de la passerelle entre les deux sports et du contrôle de soi, elle est là. Prenons les mecs qui «gangrènent» les matchs, amenons-les à la salle et, à un moment, nous leur disons : «Vas-y, frappe! D'habitude, on t'engueule, mais là, tu peux. C'est même moi qui te le demande. ici, c'est l'endroit où tu peux exprimer cela sportivement. le foot, lui, n'est pas fait pour ça. Là, par contre, le mec en face tu peux et tu vas le frapper. Vas-y, défonce-lui la gueule. Tu aimes la bagarre, alors vas-y, je t'autorise à lui défoncer la gueule.» Il va alors avoir de grands yeux livides et se dire : «Mais où je suis tombé?» et penser que son propre piège s'est refermé sur lui. Parce que là, il ne peut plus échapper au regard des autres, se cacher derrière le collectif. IL revient à sa place d'ado, il redevient un enfant gentil. Et là, il te demande : «Comment je fais?»... «Ah, tu ne sais pas le faire? Allez, vas-y, montre moi, et moi, je vais t'aider, te corriger.».
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