« Les bonnes équipes sont celles qui s'amusent. »   (Fabien Galthié, entraîneur rugby Montpellier)
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Reportage - Social
COMMENT GACHER UNE BELLE IDEE
31/01/2012
Le tournoi organisé par les éducateurs de la ville se voulait éducatif, il s’est soldé par un échec cuisant. Récit d’une journée contre productive.

Tout était réuni, sur le papier, pour faire de cette journée un bel événement éducatif. Durant les dernières vacances d’été, une ville d’Eure-et-Loire organisait un tournoi de football destiné à ses jeunes habitants âgés de dix à treize ans. L’enjeu de la manifestation se voulait avant tout social. Ainsi, dans cette commune de 30 000 habitants, de fortes tensions et rivalités subsistent entre les habitants de ses quartiers dits difficiles, et les différends s’étendent, parfois, aux origines des communautés qui les composent. L’idée, ce dimanche, consistait donc à casser ces « frontières » et préjugés existant entre les jeunes de ces zones. S’ouvrir à l’autre, cet « ennemi » supposé, partager avec lui sa passion, le football, dans un moment convivial, exempt d’animosité. Pour ce faire, les organisateurs ont imposé à ce tournoi une règle simple, forcément gagnante : les équipes seraient mixtes, composées de joueurs issus de quartiers différents. Une fois sur le terrain, tous seraient amenés à composer leur équipe, élaborer une tactique, se passer la balle… Parler le même langage, en somme, et, pour une fois, aller dans le même sens. 

Les jeunes imposent leurs conditions
« Pas question. On ne mélange pas les équipes ! » Le refus des joueurs fut catégorique. Réponse logique tant, à cet âge, on apprécie peu d’être séparé de ses amis pour une partie de football. Plus surprenante, et désolante, fut la réaction des éducateurs de la ville, organisateurs de l’événement, qui acceptèrent les conditions « imposées » par les jeunes ! Un coup de théâtre malheureux qui ruinait tout l’intérêt du tournoi. Les équipes se composaient alors entre communautés : les jeunes originaires d’Afrique noire d’un côté, d’origine maghrébine de l’autre, puis une équipe composée de joueurs blancs pour finir. L’ouverture vers l’autre, elle, était exclue du tournoi… Ce fut même l’exact contraire qui survenait. Dès les premiers matchs, les tensions apparaissaient. Défis physiques, altercations, provocations, regroupements…, les mêmes scènes surréalistes se succédaient match après match. Sur le bord du terrain, les éducateurs, complètement dépassés, n’intervenaient pas. Illustration de l’échec complet de l’événement, un joueur, venu compléter l’équipe d’origine Maghrébine, a passé la quasi totalité des matchs dans les buts. Une seule fois, après l’intervention inespérée d’un adulte, ce jeune fut « autorisé » par ses coéquipiers à rentrer sur le terrain. Après qu’il ait délivré une passe décisive, on vit alors toute l’équipe lui taper dans la main pour le féliciter et échanger quelques sourires. Voilà à quoi aurait pu, aurait du, ressembler ce tournoi si les organisateurs avaient tenu leurs engagements. 

Les éducateurs ont failli à leur mission
Comment en vouloir aux jeunes d’avoir agi de la sorte ? Livrés à eux-mêmes, ils n’ont fait que prolonger – et confirmer - sur le terrain les tensions constatées au sein de la commune. En laissant ces derniers imposer leurs conditions, les adultes, eux, ont en revanche failli à leur mission. Dans sa forme originelle, ce tournoi était en mesure de produire quelque chose de positif et constructif, d’utiliser le football comme levier éducatif et social : éveiller les consciences et montrer, grâce au football, que ces jeunes que l’on disait opposés pouvaient avoir une passion commune et la partager au sein d’une même équipe. Pour éviter cet échec cuisant, il aurait simplement fallu que des adultes ne se laissent pas impressionner par des jeunes de moins de 13 ans. L’effort ne paraissait pourtant pas insurmontable.

Pascal Stefani

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