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Entraîneur - Discours de vestiaire
ANALYSE D'UN DISCOURS INADAPTE
26/10/2011
Sylvain Richard, Conseiller Technique Départemental du District Rhône, analyse un discours d’avant match entendu lors d'une rencontre de catégorie U11. Trop long, trop négatif et pas approprié à son public : ce type de discours n'avait pas sa place dans ce vestiaire.
Extrait d'un discours entendu avant un match de catégorie U11
« Cette saison, à chaque fois que l'on n'a pas été concentré avant les matchs, on a été à la rue pendant les 15 premières minutes. Il faut savoir ce que vous voulez : si vous ratez le début, il ne vous reste plus beaucoup de temps pour faire la différence. Un petit retour par rapport à la situation actuelle, au classement : on est premier, mais un faux pas aujourd'hui et on peut être troisième ou quatrième... (Réaction des enfants : Noooon) Donc, ce n'est pas un match à prendre à la légère. La facilité ne sera pas éternelle donc ne tombez pas dedans et faites ce que vous avez à faire. C'est pas la peine de vous mettre au niveau de l'adversaire, ni de vous surestimer. Préparez le match comme on a abordé les autres, c'est à dire comme un adversaire redoutable. N'oubliez pas qu'ils sont un point derrière nous. Donc là sur les deux derniers matchs, il faut faire victoire plus défi jonglage. Et n'oubliez pas que le défi jonglage c'est avant tout une question de concentration. (...)

"N'oubliez pas qu'ils sont un point derrière nous.
Donc sur les deux derniers matchs, il faut faire victoire plus défi jonglage."

Par rapport à la compo : on va jouer à deux derrière, et un au milieu... A moyen terme, on fait des systèmes différents pour apprendre. Maintenant un système ça s'anime, donc il faut être organisé. Par rapport à ce que l'on a travaillé à l'entraînement, rendez-vous disponibles une fois qu'on récupère le ballon pour qu'on ressorte proprement. S'il a le ballon, en défense, et que vous deux vous êtes à l'ouest psychologiquement, on n'y arrivera pas. (...) Attention, pas de contrôle américain ! Je contrôle et j'enchaîne. Essayez de limiter les touches, si on porte on perd du temps. Jouez en première intention. Je vous l'ai dit : le ballon, lui, ne se fatigue jamais. Il ira toujours plus vite que vous, et c'est à lui de courir, pas à vous. Mais quand vous donnez votre ballon, vous vous redéplacez pour offrir une solution. D'habitude, vous êtes spectateur. Il doit avoir 3, 4 solutions. S'il la met pas, c'est qu'il y avait une meilleure solution que vous. Tant pis pour vous. Et autre chose, soyez un maximum solidaires : on gagne ensemble, on perd ensemble. Faites les efforts ensemble. Deuxième chose : imprévisible ! Un défenseur doit pas savoir ce que vous allez faire. Si vous faites la même chose tout le temps, c'est trop facile. Sinon, il sera désorienté. Toi, le problème c'est la régularité. La semaine dernière, tu as fait une bonne prestation, et y a rien qui m'étonne de toi vu tes qualités, donc reste sur cet état d'esprit. Et devant, garde le même état d'esprit, pour être plus efficace. Un bon attaquant est un attaquant qui marque. Arrivé dans les 15 derniers mètres, tu ne dois plus réfléchir. Prise de risque, prise de risque. Et toi, si tu montres la même envie que pour les précédents matchs, je te jure que tu ne vas pas jouer longtemps. On a l'impression que tu n'as pas envie. Donc sois concentré, là t'étais ailleurs. Au football si t'as pas faim, c'est difficile. On est là pour la compétition, je suis d'accord, mais au bout d'un moment il faut serrer les dents et aller au combat. Et sur le banc, vous aurez votre mot à dire. Quel que soit le temps de jeu que vous aurez. Donc n'oubliez pas, le premier objectif c'est quoi ? » « Gagner le jonglage ! » Et ensuite ? « Gagner le match ! » Comment ? Avec la manière. Si on gagne 1-0 et qu'on a été bon, c'est bien. »

Propos recueillis par Pascal Stefani
Analyse du discours d'avant match, par Sylvain Richard (Conseiller Technique Départemental du District Rhône)

« J'ai ressorti trois éléments majeurs par rapport à ce discours : il n'est pas du tout adapté à la catégorie U11, n'est pas très organisé ni structuré, et enfin il apparaît trop long. L'entraîneur utilise des termes que des enfants de cet âge ont peu de chances de comprendre : « psychologiquement », « ne faites pas de contrôles américains », « au football, si tu n'as pas faim, c'est difficile »... Ces phrases n'ont pas vraiment d'intérêt. Ce type de discours pose surtout un problème général au niveau de l'état d'esprit, car il est essentiellement axé sur le résultat. Dès le début, il évoque le classement et explique aux joueurs qu'un faux pas pourrait les entrainer vers la troisième ou quatrième place. En général, ce n'est pas une notion qui doit ressortir d'un discours d'avant match, et encore mois pour les catégories jeunes. Un enfant ne joue pas pour perdre, il n'y a donc pas besoin de le lui rappeler. Ce type de propos ne peut avoir que des effets négatifs. Cela peut par exemple entraîner des comportements déviants chez les jeunes, mais cela va plus généralement mettre la pression sur les joueurs. Le risque est qu'ils se trouvent inhibés sur le terrain, n'osant plus rien tenter par peur de mal faire, de perdre et de décevoir leur entraineur. Ils vont jouer avec le frein à main, ne rien créer offensivement et penser avant tout à ne pas prendre de but, ce qui est contraire à l'esprit du jeu. Ce type de pression n'a pas lieu d'être sur ces catégories. Cela va à l'encontre d'une démarche d'apprentissage et de recherche de plaisir qui devrait constituer la priorité à cet âge. »

Axer son discours sur le plaisir
« En règle générale, il peut être intéressant de rattacher son discours d'avant match à ce qui a été travaillé à l'entraînement durant la semaine, à un projet de jeu mis en place depuis le début de la saison. Autre point important, il doit être très court, parce que les enfants n'ont pas une capacité d'attention importante, puis précis et organisé. Il faut aussi insister sur la notion de PLAISIR : prendre du plaisir en jouant doit être la priorité pour ces jeunes. Le discours se doit d'être le plus positif possible afin d'ancrer chez l'enfant des idées et un état d'esprit positifs, qu'il se sente libéré pour jouer. Dans cet exemple, l'éducateur se montre très négatif avec ses joueurs, comme par exemple : « Si tu montres la même envie que sur les précédents matchs, tu ne vas pas jouer longtemps. » ou encore « Vous deux vous êtes à l'ouest psychologiquement »... Il installe un climat très compliqué pour ses jeunes. Ce n'est pas du tout le but d'un discours d'avant match, encore moins, je le répète, pour une telle catégorie. L'entraîneur a choisi ses joueurs, donc l'intérêt de sa causerie consiste à les mettre dans le meilleur climat possible pour appréhender la rencontre ! Les mettre en confiance, axer ses idées sur la notion de plaisir, qui est l'élément moteur de toute personne et encore plus des enfants. Même si ses propos partent d'un bon sentiment – pour éviter à ses jeunes de se reposer sur leurs acquis, par exemple – il existe un moyen totalement différent d'aborder un match de football. Il est inutile de vouloir considérer ces jeunes comme des adultes, tout simplement car c'est un monde qui n'est pas le leur pour l'instant. C'est malheureusement un discours - inadapté, négatif, porté sur le résultat - que l'on entend souvent dans les catégories jeunes. »

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