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Initiative - Arbitrage
LE RESPECT DE L’ARBITRE EN 3 LEÇONS ET… 1 VOLONTÉ
26/10/2011
Présidé par un ancien arbitre, l'AF Garenne Colombes mène des actions de prévention auprès de ses joueurs visant à lutter contre la contestation.

L'entraînement a commencé depuis quelques minutes sur le synthétique, unique terrain de l'AF Garenne- Colombes. Sébastien, éducateur de l'équipe B des U13, appelle ses joueurs au centre du terrain. « On va revenir sur le match de dimanche dernier. » Surprise, il n'évoque ni le score, ni le jeu, ni les performances individuelles, mais souhaite éclaircir une loi du jeu qui a posé quelques problèmes lors de cette rencontre. La touche en l'occurrence, sur laquelle pas mal de ballons ont été rendus à l'adversaire... Pour quelles raisons ? « Parce qu'on sautait quand on lançait la balle », admet un joueur. « On avait les pieds joints », se trompe un autre. Sébastien explique à ses jeunes les subtilités de la règle : « Vous ne devez pas avoir de pied décollé, vous ne pouvez pas vous placer à plus d'un mètre derrière la ligne et enfin, vous devez lancer franchement le ballon. » Les joueurs opinent du chef, visiblement convaincus par les explications. Ils sont habitués à la démarche, et pour cause : c'est ainsi que commencent toutes les séances du mercredi pour les trois équipes U13.
 
Trois actions étonnantes
L'initiative a pour but d'apprendre les règles du foot aux jeunes sur la base de situations vécues. Pour leur éviter de râler à tort pendant les matchs et ainsi respecter l'arbitre, un voeu cher au président Alain Viaud. Sous son impulsion, le club enchaîne depuis quatre ans les actions de prévention pour sensibiliser ses licenciés. Outre le petit échange de début d'entraînement, les joueurs U13 bénéficient chaque année de deux cours d'arbitrage dispensés par un membre du District, conclus par un petit examen. Côté terrain, ils sont aussi chargés d'arbitrer chaque samedi , à tour de rôle, les matchs et plateaux des Débutants et Poussins. Trois mesures atypiques et intelligentes, rares dans le paysage footballistique. Une pédagogie dont Christophe Suire, responsable du pôle compétition, explique les motivations : « La plupart des joueurs ne connaissent pas les règles. 13 ans, c'est le bon âge pour les apprendre. Certains s'attardent sur les faits de jeu et contestent l'arbitre. Avec ces actions de prévention, ça les fait réagir différemment. Ils sont moins virulents, plus concentrés sur le jeu. » L'un de ces jeunes, Olivier, avait la contestation facile et impulsive dans les catégories Poussins et Benjamins. Cette mauvaise habitude est aujourd'hui oubliée : « Avant, je n'acceptais pas les décisions que je trouvais injustes, quand l'arbitre se trompait. » explique le défenseur des U13, « mais je me suis amélioré, parce que le coach et le président nous apprennent à nous contrôler, à mieux parler aux arbitres et à les comprendre. Et quand j'arbitre les Poussins, le samedi, ça me permet de me mettre à leur place. J'essaye de ne pas me tromper, et je vois que c'est difficile. Je me suis demandé si, comme moi, les petits allaient me crier dessus. Mais ça va, ils ne disent rien..."
 
Moins d'amendes
L'autre action, constante sur l'année, c'est le message asséné, répété, martelé par le président et relayé par les éducateurs et les capitaines de chaque équipe. Grand défenseur des arbitres, Alain Viaud marque tout le monde à la culotte sur le sujet. Joueurs, coachs et même les spectateurs écopent d'une remarque, voire d'un tête à tête avec le président, s'ils viennent à déraper. Sa ténacité s'avère « payante » à plus d'un titre. Les joueurs râlent moins et se concentrent davantage sur le jeu, puis l'état d'esprit et l'image du club s'en trouvent améliorés. « Payante » au sens propre également, car les sanctions diminuent et les amendes avec. Il y a quelques années, les cartons récoltés coûtaient environ 1 000 euros chaque saison. Aujourd'hui, la somme tourne autour de 300. Enfin, et l'effet est non négligeable, le club parvient à créer des vocations d'arbitre. Les actions permettent aux joueurs de se confronter à l'arbitrage et donc d'y découvrir -ou non- un intérêt. Aussi, quand l'un d'eux manifeste l'envie ou les aptitudes pour continuer, les dirigeants l'accompagnent dans sa démarche. Benjamin, 13 ans, raconte sa reconversion : « Dès que je me suis mis à arbitrer le samedi, ça m'a tout de suite plu. Le président l'a remarqué et m'a demandé si ça m'intéressait de passer une formation. J'ai dit oui. » Alain Viaud se rappelle, amusé, avoir même converti un spectateur ! « Un jour, j'ai été voir des jeunes supporters qui critiquaient les décisions. J'ai mis l'un d'eux au défi de prendre le sifflet. Il est venu. Depuis il est arbitre chez nous... » L'histoire tiendrait du miracle dans un autre club. Ici, elle récompense simplement le travail fourni.

Pascal Stefani

Alain Viaud (président de l'AF Garennes Colombes, District des Hauts de Seine) : "Ne jamais donner tort à un arbitre devant les gosses !"
Qu'est ce qui vous motive à soutenir autant l'arbitrage ?
Je considère que le manque de respect qui existe dans notre société est un peu de notre faute, nous les adultes. On a trop longtemps laissé faire les choses. Par exemple, quand on voyait des jeunes qui contestaient l'arbitrage, on disait que ce n'était pas grave, que ça allait leur passer une fois adultes... Mais c'est pire quand ils grandissent ! Il a fallu reprendre les bases. Avec les éducateurs, on a cherché comment limiter les mauvaises réactions des joueurs. On s'est rendu compte que beaucoup de problèmes venaient de la méconnaissance des règles. Depuis quatre ans que l'on mène cette politique, on sait que c'est la bonne solution.
Vous ne craquez jamais devant de mauvaises decisions ou comportements d'arbitres ?
Je les soutiens quoi qu'il arrive. Certains sont bons, d'autres moins. Il faut accepter tout le monde. Le plus important est de ne jamais donner tort à un arbitre devant les gosses. La critique sur un terrain, c'est un manque de respect. Ce n'est ni le bon lieu, ni le bon moment pour discuter. Après les matchs, on les invite tous à boire un coup. Là on peut revenir sur le match, posément. S'il est buté et qu'aucun échange n'est possible, on n'insiste pas. Mais tout est une question de ton, de respect. Si vous êtes arrogant, agressif avec lui, rien ne sera possible. Ce respect fait vraiment partie de la culture du club maintenant.
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