En complément du dossier paru dans Foot Citoyen Magazine n°29, consacré à la lutte contre la contestation, le fasciathérapeute Hamidou Msaidie* analyse, sur la base de photos, les gestes et attitudes des joueurs et des arbitres après un coup de sifflet ou l’attribution d’un carton. Un éclairage qui traduit l’importance de la communication non verbale dans ce type de situation et les conséquences que cela peut engendrer sur la relation joueurs-arbitres.
"La posture de Monsieur Ennjimi est très élégante, puisque sa jambe droite est dans le prolongement de son bras gauche et inversement. Il va au devant du joueur, cherchant à attirer son attention malgré la fuite de ce dernier. La tête dans le gazon, le dos tourné vers l’arbitre et le geste de dépit de Grichting traduisent une forme de mépris, mais pas de contestation puisqu’il ne fait pas face à l’arbitre. Il est intéressant de noter que les deux ont une posture quasi symétrique. L’un cherchant à attirer l’attention de l’autre qui s’y refuse."
"Il y a une certaine empathie de la part du joueur, sa main droite autour de Monsieur Chapron indique un besoin de communiquer. Il cherche une certaine forme de clémence auprès de l’arbitre concédant par la même que ce dernier a raison. Mais celui-ci est rectiligne avec une gestuelle très marquée, signe que la discussion n’est pas possible. Il fait barrière à la discussion, preuve qu’il est sur de son fait."
"L’arbitre fronce légèrement les sourcils, il paraît presque désolé. Le bras droit est levé, mais à 90° seulement et il tient le carton par la pointe, tout en délicatesse dédramatisant ainsi la situation. Il n’est pas agressif du tout dans son attitude et sa main gauche ouverte signifie qu’il offre ou propose une explication. Il est dans une posture très flegmatique et pédagogique. D’ailleurs, le joueur penche la tête sur le côté, signe qu’il accepte sa sanction."
"Monsieur Ennjimi arrive lancé et marque le pas avec son pied en signe de respect de la distance et aussi pour marquer son territoire. La rectitude observée dans sa posture est aussi une preuve qu’il est sûr de sa décision et qu’il refuse la moindre contestation malgré la tentative de Balmont. On peut d’ailleurs observer une double lecture dans l’attitude du joueur Lillois : Tout son côté gauche veut aller au conflit (posture de boxeur avec la jambe plantée dans la pelouse et le poing serré), mais son côté droit est dans la retenue, principalement sa jambe qui l’incite à reculer face à la sérénité de l’arbitre."
"Là aussi, Monsieur Webb et Gorgios Karagounis ne sont pas du tout dans un mode de communication visuelle. L’arbitre regarde au loin quand le joueur baisse les yeux et la tête en signe de soumission, voire de crainte. Cette attitude est la conséquence de celle adoptée par Monsieur Webb qui s’impose par son physique, ainsi que sa posture : les pieds plantés dans la pelouse, les bras tendus à l’horizontale et les mains en avant. Il joue de son avantage de gabarit pour faire respecter sa décision et se faire respecter lui-même. On peut dire que cela fonctionne, le joueur est en dépit total et non en train de contester."
"Il n’y a aucun jeu de regard entre les deux protagonistes. On en déduit donc qu’ils ont une gestuelle complètement indépendante l’un de l’autre. Sneijder s’en veut de quelque chose. Le tronc et la tête en arrière, le torse bombé sont des signes d’une grosse frustration, comme si tout lui échappait à cet instant : le match, la Coupe du monde, le Ballon d’Or, etc … Quant à Monsieur Webb, sa posture est élégante et franche. Son côté gauche marque l’endroit de la faute et son côté droit incite les joueurs à reprendre le jeu. Ici, il évite tout temps mort qui laisserait place aux contestations et replace, à cet instant, le jeu comme étant la seule priorité. Il signifie ainsi aux acteurs présents sur le terrain que la faute est de l’ordre du passé : « la faute est sifflée, maintenant on joue ». Sa bouche totalement fermée est la preuve que tout passe par le langage du corps."
"Cette photo s’oppose totalement à la précédente. L’arbitre ne va pas vers les joueurs mais ce sont eux qui viennent à lui. Monsieur Ledentu est droit, le poing fermé, le bras tendu avec le carton rouge. Il est dans une attitude fermée et contractée en réaction au contact physique de Melia. Alors que celui-ci recherche une certaine forme de clémence par le toucher et le regard en vis-à-vis, c’est tout l’inverse qui se produit. L’arbitre se raidit, envahi par une flopée de joueurs et se refusant à toute justification. On ne peut pas parler vraiment de peur, mais d’une certaine appréhension quand à la suite des événements. Le fait de mettre le carton aux yeux de tous au lieu de s’isoler avec le joueur, participe à cette cohue générale."
"Essien sur cette photo est tout à fait à l’image d’un enfant qui a commis une faute mais qui implore l’indulgence de l’arbitre, comme s’il voulait dire : « pas vu pas pris ». Beaucoup de jeux de regards, signe que les deux protagonistes cherchent à communiquer. L’arbitre a déjà le carton rouge à la main, mais il est presque dissimulé en attendant d’être plus près d’Essien pour lui signifier sa sanction dans le but, là aussi, de dédramatiser l’exclusion du joueur. Sa main droite ouverte tournée vers le haut semble indiquer qu’il veut expliquer quelque chose avant de sanctionner et ainsi calmer d’éventuelles tensions. Il crée un climat de communication et ne théâtralise pas la sanction."
"Il y a clairement dans l’expression de Gignac, bouche ouverte et regard de « cow- boy », une attitude de défi envers l’arbitre malgré une certaine retenue avec les épaules en arrière. Une telle nervosité est sûrement la résultante de la période difficile qu’il vit sur le terrain. L’arbitre réagit en adoptant une posture très rectiligne et stricte, signe qu’il n’entamera pas de discussion et qu’il accepte la confrontation. Mais ses épaules remontées prouvent aussi qu’il prend sur lui afin de rester serein face à « l’agression » de Gignac."
"A première vue, j’aurais dit que le joueur est en demande d’explications avec cette main tendue vers Clément Turpin. Mais ce dernier refuse en lui signifiant par la position de ses bras et de ses index pointés vers l’extérieur. C’est le signe que la discussion s’arrête là. Mais une autre lecture est possible et l'on peut imaginer que le joueur remercie Clément Turpin de ne pas lui infliger de carton et que celui-ci lui signale qu’il s’agit là du dernier avertissement. Dans les deux cas, cette main tendue est le signe que Jamel Saihi veut communiquer avec l’arbitre et non contester sa décision."
*www.slowmotions.net
Propos recueillis par Jérôme Perrin